
Paysage culturel de Villard
Dans son ouvrage, Villard nous livre son prénom, d’un usage suffisamment exeptionel pour qu’il ne puisse être oublié, et surtout son lieu d’origine: Honnecourt. Ce bourg agricole, d’une population aujourd’hui réduite ne reflète guère ce qu’il était a l’époque de Villard dans le premier tiers du XIIIe siècle. Le pays était riche économiquement et ne se trouvait pas encore bouleversé par les guerres qui l’ont peu à peu ravagé. Il était surtout d’une richesse intellectuelle et architecturale exceptionnelle. De grandes abbayes, héritières de la tradition carolingienne, abritaient des bibliothèques qui conservaient des volumes aussi rares que décorés: Anchin, st Vincent à Arras, Corbie, Marchiennes, St Omer. Il en va de même en ce début du siècle dans le domaine de l’architecture et de la sculpture, même si les témoignages en sont plus exceptionnels

Eglise d’ Honnecourt-sur-Escaut en 1914, clocher du XIIe siècle
A Honnecourt, se trouvaitt un monastère double dont l’histoire se perd dans le temps. A l’époque de Villard, il existait un portail sculpté dont le clocher de l’ église actuelle abrite encore quelques fragments récuperés après les destructions de la première guerre mondiale. Il remontait aux années 1160-1170, et offrait au tympan un christ en majesté, et aux voussures les vieillards de l’apocalypse. Nous savons maintenant qu’il existait aussi dans la région d’autres oeuvres majeures de la première sculpture gothique dont il ne subsiste quelques épaves à Cambrai et à Lille.

Portail sculpté de l’église de Honnecourt-sur-Escaut
Villard voyageur européen

Pilier de la cathédrale de Reims
Villard va de chantier en chantier pour mieux s’informer sur les réalisation en cours ou déjà achevées, dont la plupart se trouvent dans la France du Nord: Laon, Chartres, Meaux, Reims , avant de se diriger vers Lausanne et de faire une étonnante incursion en Hongrie ou l’on a retrouvé sa trace, dans un tombeau qui ne peut être que d’origine française.

Pavage d’une église de Hongrie ( 1235)

Rose de Lausanne
Art et technique

Solution pour fabriquer un plancher quand on n’a pas de pièces de bois assez longues.

Les problèmes technique auxquels son métier le confronte l’intèressent.
Villard relève une voûte formée d’ogive, de liernes et tiercerons. C’est en fait le plus ancien exemple connu.
Ces croquis illustrent des sous-œuvres visibles dans des monuments de saint Denis et de Meaux
Héritage de l’antiquité
Les hommes du moyen âge ont été fascinés par l’antiquité, aussi bien dans son expression littéraire qu’ artistique.

Il se montre très attentif à reproduire des oeuvres de petites dimensions comme un bronze qu’il n’hésite pas – ce qui est exceptionnel au moyen age- à figurer nu.
De différents éléments d’un diptyque consulaire, il reconstitue ce qu’il considère être le « tombeau d’un Sarrasin ».
Villard animalier

Rien ne paraît indigne de l’attention de Villard, du lion à l’insecte le plus humble.


La machine au XIIIe siecle
La scie
C’est surtout par ses documents sur les machines que Villard de Honnecourt préfigure brillamment les ingénieurs de la renaissance. L’un de ses feuillets surtout, étonne par la diversité des domaines techniques abordés: on y voit cinq mécaniques fort différentes parmi lesquelles figure la première représentation connue d’une scie hydraulique (figure1).

Cette machine destinée au sciage de longues billes de bois, fonctionne à l’aide d’un « moteur » à deux temps faisant appel a deux sources d’énergie: l’eau et l’élasticité. La première actionne une roue à aubes dont l’arbre est muni de la scie. Celle ci attaque le bois grâce à une excentricité de son attache basse et lorsqu’elle est parvenue en fin de course, l’élasticité d’une perche à laquelle elle est fixée, la ramène en position haute. Durant ce temps de rappel, une roue à crocs fait avancer légèrement la bille.
Le cheval et la guerre

La guerre a été pour les hommes de Moyen Age un élément permanent de leurs univers,
Villard s’est attaché à en montrer certains aspect, insistant sur les costumes portés par les hommes de guerre, sur les engins utilisés ( trébuchet) et prenant plaisir à montrer son compagnon indispensable : le cheval. Il n’hésite pas à reproduire fidèlement les fers qui ornent leurs pieds.
Ce témoignage nous rappelle que du XIe au XIIIe siècle, l’Europe occidentale fut le cadre d’une intense activité technologique. Ces chevaux avec leurs colliers rigides, véritable harnachement modernes, et leurs fers cloutés qui assuraient la protection des sabots en terrains rocailleux, lourds et humides étaient le symbole d’un Moyen Age en pleine révolution technique et industrielle.

La cathédrale de Reims

La cathédrale de Reims l’a plus particulièrement retenu et vraisemblablement durant plusieurs jours. Il faut d’ailleurs imaginer un chantier en pleine effervescence, un architecte qui le dirigeait avec attention et que Villard a rencontré. Les dessins qu’il en tire appartiennent davantage à l’esquisse qu’a la technique du relevé.
Il précise dans les légendes les parties qui existent déjà « ensi comme els sunt » et celles qui sont prévues: « comme elles doivent estre ».
Il n’hésite pas, en dessinant une baie à dire son enthousiasme « parce que je l’aimais ». Il dessine l’élévation intérieure et extérieure d’une des chapelles rayonnantes, supprimant le voûtement qui n’existait pas encore.
Quant au contrebutement de l’édifice par une double volée et une double batterie, éloignée de la solution actuelle, c’ est peut être la solution proposée par Villard à une question délicate.

Villard et la sculpture

Villard a montré un intérêt très particulier pour la sculpture.
Or le style des dessins de Villard s’intègre à celui qui envahit le Nord de la France à la fin du XII e siècle et au début du XIIIe et qui se singularise par le traitement du drapé, inspiré de la technique des plis mouillés: les vêtements soigneusement dessinés enveloppent les formes en laissant deviner leur mouvement. Certaines sculptures de la cathédrale de Strasbourg (vers 1230) et l’annonciation de Reims (vers 1250) s’inscrivent dans ce courant.
