Le siècle de Villard

Au XIIIe siècle, la société européenne occidentale est en profonde mutation.

L’essor démographique qu’elle connaît depuis le XIIe siècle s’accompagne notamment de deux changements fondamentaux : le développement des cités et l’extension des surfaces cultivées.

Cette période est souvent perçue comme une ère de progrès et de relative prospérité. Elle s’exprime dans l’art gothique qui se répand, dans la floraison des cathédrales qui modèlent un nouveau paysage urbain, dans l’émulation intellectuelle des grandes cités. Elle se manifeste par un développement des échanges économiques, la réduction du nombre des disettes, les progrès techniques.

L’époque fut dure, tendue, et fort sauvage. Les conflits entre les différentes classes de la société sont fréquents.

L’histoire des constructeurs et le développement des cathédrales gothiques sont liés à l’essor des villes dans le monde chrétien ainsi qu’à l’expansion des ordres monastiques que connaît l’Europe dès la fin du premier millénaire.
  

Un contexte intellectuel foisonnant

Le manuscrit de Villard de Honnecourt est un témoignage révélateur de l’intense période de progrès, de la curiosité intellectuelle immense, de l’intérêt pour la Nature et l’expérimentation qui se manifestent à l’époque.
L’élan intellectuel qui se manifeste au XIIIe siècle est alimenté par le développement de la logique qui supplante alors la rhétorique, et par l’usage croissant de la langue vulgaire dans la littérature, les actes publics ou les écrits scientifiques.
Les connaissances en géométrie ont considérablement progressé.et des traités de géométrie appliquée ont vu le jour,

Practica Geometriae manuscrit en latin non daté

En 1193, est paru un ouvrage resté anonyme, Pratike de geometrie

En 1220, la Geometria de Leonardo Pisano, rédigée en latin comme les précédents, qui propose des recettes pratiques ainsi que des démonstrations.

L’expansion des ordres monastiques


AU XII eme siecle un nouvel ordre cistercien va créer 530 monastères. Parmi ceux-ci, l’abbaye de Clairvaux, fondée par saint Bernard, et l’abbaye de Vaucelles, non loin de Honnecourt, que nous montre une reproduction tirée des Albums de Croy.


Ainsi Villard de Honnecourt est-il contemporain d’une période qui voit s’affronter deux conceptions du monachisme: celle des clunisiens, dont l’abbé Suger, l’ami du roi de France, en charge de l’abbaye de Saint-Denis, fut le plus éminent représentant, et celle des cisterciens.

1180-1223 : Philippe II ou Philippe Auguste « rassembleur de terres

Le siècle de Villard de Honnecourt est marqué par le renforcement du pouvoir royal et la centralisation des institutions sous l’autorité des rois capétiens.

Philippe II (1180-1223), surnommé Auguste, est le premier souverain à porter officiellement le titre de roi de France et non plus celui de roi des Francs. Il consolide durablement le pouvoir royal et inaugure un mouvement de centralisation des institutions.

Le souverain étend le domaine royal : par mariage ou héritage, il annexe l’Artois, l’Amiénois, une partie du Vermandois et une partie de l’Auvergne.

il s’empare par les armes de l’Anjou, de la Normandie, du Maine et du Poitou.

L’ambition du roi conquérant se heurte aux Plantagenêts qui possèdent tout l’ouest de la France.

Dans ce conflit qui se poursuit pendant une grande partie de son règne, Philippe Auguste, soutenu par les milices communales, triomphe à Bouvines le 27 juillet 1214 où il défait la coalition générale qui s’est fomentée contre lui.

Elle réunit le roi d’Angleterre Jean sans Terre, les comtes de Flandre et de Boulogne, l’empereur de Germanie Otton IV.

La victoire de Bouvines restera dans l’histoire « la bataille qui a fait la France » . la « conscience nationale » apparaît.

Sur le chemin le menant à Paris, Philippe Auguste qui ramène prisonnier le comte de Flandres et l’empereur germain Otton IV, est acclamé, une foule nombreuse l’accueille triomphalement dans la ville qui est en train de devenir la capitale du royaume.

Le roi s’appuie sur l’Église et le mouvement communal naissant pour développer sa suzeraineté sur les féodaux et affaiblir leurs pouvoirs.

Le roi devient « le plus grand ouvrier de l’unité française au Moyen Âge ».

Dans le même temps, l’influence royale s’impose dans le Midi avec la croisade contre les Albigeois (1209-1218) qui permet le rattachement d’une partie du Languedoc et de la Provence.
L’extension du domaine conduit le roi à consolider le pouvoir royal et à le centraliser en créant des baillis et des sénéchaux.
Entre 1185 et 1215, le roi confirme de nombreuses communes. Les villes et la bourgeoisie se développent. Les communes bénéficient de la reprise commerciale et économique. Le roi protège les villes, aux dépens des seigneurs.
Sous le règne de Philippe Auguste, Paris devient la capitale du royaume. En 1186, il fait paver la ville. De 1190 à 1220, il fait bâtir une nouvelle enceinte. En 1215, le premier statut de l’Université de Paris est rédigé.
En 1223, le royaume a quadruplé en superficie, le pouvoir royal est fort, le royaume est uni.


Louis VIII (1223-1226) consolide l’entreprise de son père.

1226-1270 : Louis IX ou Saint Louis, le pacificateur

À la mort de Louis VIII, sa femme, Blanche de Castille, assure la régence. Elle doit défendre le pouvoir de son fils, Louis IX, contre la révolte des grands vassaux.

Devenu majeur, Louis IX entend perpétuer l' »héritage capétien » de son grand-père et de son père. Il poursuit l’entreprise de consolidation du pouvoir royal, perfectionne et centralise les institutions. Il veut faire régner l’ordre et la justice. Des enquêteurs royaux surveillent les baillis et répriment les abus des officiers royaux. Un tribunal royal permanent est établi, les finances sont contrôlées. Une monnaie stable, l’écu, est créée.
Le roi prend des décisions par ordonnances. Il est assisté par des conseillers. La Cour est partagée en conseils : le conseil politique, la Chambre des comptes pour les finances, le Parlement pour les affaires de justice. Les baillis et sénéchaux remplissent des fonctions judiciaires et financières au nom du roi dans les provinces.

En 1259, le traité de Paris met fin pour un temps au conflit franco-anglais et le roi d’Angleterre se reconnaît le vassal du roi de France.

Durant son règne, Louis IX lutte contre les hérésies dans son propre royaume (croisade contre les Albigeois, 1226-1229). Il réunit ainsi les pays de langue d’oïl et de langue d’oc.
Louis IX apparaît alors comme le prince chrétien par excellence : pieux, époux modèle, preux chevalier, équitable, arbitre, pacificateur, habile et déterminé.
Sous son règne, le pays connaît une période d’essor économique. Le commerce et l’artisanat sont prospères.

Le temps des cathédrales gothiques

C’est le temps des cathédrales gothiques qui matérialise l’alliance entre le roi et l’Église,

Paris est alors le centre intellectuel de la chrétienté.